


Je crois que je ne vais pas avoir trop de mal à alimenter ce blog : j'ai commencé à écrire une histoire, cet après-midi, au bord de l'eau, pendant que mon fils attendait le suicide du prochain poisson et que ma chienne campait, imperturbable, à côté de la nasse contenant les 2 premières prises.
Peut-être que je ferai ça par épisodes...et si ça vous tient, si vous attendez la suite...on ne sait jamais, ça deviendra peut-être une plus grande histoire...
Mais ce soir, à la demande de Betty, je vais vous parler d'une de mes inventions que j'adore : tellement simple qu'on se demande pourquoi on n'y avait pas pensé plus tôt, et puis à la portée de tout le monde, même si j'ai sophistiqué l'objet. Avec tout ce qu'il faut d'amour et de poésie! Exactement comme j'aime.
Tout a commencé le jour où ma fille a été invitée, par une voisine maman, d'une de ses copines de classe, à passer une dizaine de jours près de Guérande, dans leur petite maison perdue au milieu des salants (le détail a son importance). Clémentine, à 3 ans, ne nous avait jamais quittés, même une seule nuit. C'est dire si l'aventure revêtait un caractère d'expédition du bout du monde. Elle avait très envie de partir, tout en étant un peu angoissée à l'idée de nous laisser. Moi, j'étais contente pour elle : elle allait enfin pouvoir respirer ailleurs que dans le cocon familial. Je voulais qu'elle emporte avec elle quelque chose qui lui dise vraiment que je pense à elle et que je l'aime. C'est comme ça que je me suis retrouvée les lèvres au-dessus d'une enveloppe, à faire claquer des bisous, que je me suis empressée d'enfermer de crainte qu'ils ne s'envolent. Je l'ai fait devant elle et j'ai glissé l'enveloppe dans sa valise.
La voilà donc partie... A l'époque, il n'y avait pas encore de portable, et dans ce coin de France, les télécommunications en étaient encore à l'âge de pierre : dans cette petite maison de vacances, il n'y avait pas le téléphone, et il fallait se rendre à la cabine publique. Donc, en fin de journée, j'attendais toujours le "on est bien arrivé", et je ne pouvais joindre personne. Le lendemain matin, je suis allée à mon travail l'estomac plutôt noué. Le soir, toujours rien, et pas de message sur le répondeur. Mon mari prenait cela avec philosophie, trouvant mes inquiétudes exagérées voire grotesques. Par l'intermédiaire d'amis communs, j'ai réussi à obtenir une adresse et envoyait donc un télégramme téléphoné. Cela faisait 3 jours que nous étions sans nouvelles.
Quand l'opératrice du téléphone m'a contactée quelques heures plus tard, j'étais à 2 doigts de "péter les plombs" : on ne pouvait distribuer le télégramme dans ce secteur et la teneur laissant penser qu'il pouvait y avoir quelque chose de grave, elle préférait me prévenir. J'étais prête à appeler la police, mon mari me traitait de folle : j'ai fini par foncer vers Guérande en voiture, mon mari en remorque, incapable de me raisonner et commençant même à s'angoisser un peu (quand même!). Je n'ai jamais roulé aussi vite! Il pleuvait, c'était un jeudi d'Ascension, il y avait une circulation d'enfer. Mais il fallait que je vois ma fille, que je l'entende, que je la touche.
Evidemment l'arrivée a été plutôt mal vécue par nos hôtes : Clémentine allait bien et on ne nous avait pas appelé justement parce que tout allait bien. Et puis, on n'avait pas voulu la perturber en lui faisant parler à ses parents au téléphone : on avait peur qu'elle pleure!
Nous sommes repartis avec elle, aussi vite que nous étions arrivés. Nous avons trouvé un gîte en urgence et le lendemain, direction les manchots de l'aquarium pour nous détendre. J'ai un souvenir de teurgoule absolument merveilleux qui doit certainement beaucoup au ravissement d'avoir retrouvé ma fille. Pour les néophytes, la teurgoule est une spécialité bretonne délicieuse et très calorique : du riz, du lait, du sucre, et on fait cuire longtemps à four très très doux. Pas régime du tout!
Il s'est avéré que mon enveloppe avait rempli bien plus que sa mission : Clémentine a souffert qu'on ne lui parle pas de ses parents, d'autant que sa copine avait les siens. Alors, dès qu'elle pouvait, elle promenait l'enveloppe sur sa joue et plaquant son oreille, elle entendait les bisous bisouiller doucement.
Plus tard, j'ai essayé d'expliquer ce que j'avais ressenti, je me sentais même coupable de mon excessivité mais mes voisins se sont trouvés si blessés, même humiliés, que nous ne nous sommes plus contentés que de simples relations de voisinage. Pour moi, tout de même, il était incroyable qu'on ait pu nier à ce point les besoins d'une enfant.
Cette enveloppe a été à l'origine donc de mes enveloppes à bisous.
J'ai commencé à les mettre en pratique lors des fêtes des mères, dans ma classe. Mes élèves décoraient une enveloppe de kraft, et le jour-dit, assis côte à côte sur les petits bancs, tous le nez plongé dedans, ils faisaient résonner les bisous.
Et puis je me suis rendue compte qu'il fallait un mode d'emploi à ce cadeau, parce qu' inévitablement, il y avait toujours une maman qui arrivait le lendemain, l'enveloppe ouverte à la main : "vous avez du oublier quelque chose, il n'y avait rien dedans!". La parade a été immédiate, je me demande encore comment j'ai pu m'en sortir de cette pirouette, sans doute à cause du regard désespéré de l'enfant. "Vous avez du l'ouvrir trop vite, les bisous se sont tous envolés, pourtant, je peux vous l'assurer, votre enfant en a mis beaucoup dedans, et ça faisait même beaucoup de bruit". La maman réalise alors sa gaffe (c'est pas bête, une maman, souvent juste un peu débordée) et comme je ne veux pas la laisser en difficulté, j'ajoute : "mais ce n'est pas grave, on va en faire une autre". Ouf, tout le monde est sauf!
Cela fait plus de 15 ans que l'enveloppe à bisous fait partie de mes stratégies de "maîcresse" d'école, et cette année encore, elle ne va pas chômer. Quand une maman est partie trop vite, quand il manque un câlin, je ne détourne jamais l'attention de l'enfant, je ne lui propose pas d'oublier son chagrin, au contraire, je mets des mots dessus. Je dis doucement : tu as un chagrin? tu veux ta maman? tu voudrais lui faire un bisou? Tu la verras ce soir, elle est au travail, elle a plein de choses à faire pendant que toi tu apprends à grandir. Mais si tu veux, ton bisou, on peut le mettre dans une enveloppe, et tu lui donneras ce soir.
Eh bien, vous savez quoi? ça marche! Les bisous dans les enveloppes, on les entend! Et le soir, on ne l'oublie pas. Moi, j'ai déjà prévenu les parents...et tout le monde est content!
Et puis un jour, j'ai écrit une petite poésie pour aller avec, et puis un autre jour, on m'a demandé une belle enveloppe pour l'offrir...
Et puis un jour, j'en ai vendues lors d'une exposition : j'ai été stupéfaite du succès, et ravie de voir qu'autant de monde puisse être sensible à la poésie de l'objet.
Voilà donc l'histoire de l'Enveloppe à Bisous, dont j'ai fini par protéger le concept en attendant qu'un jour peut-être... mais je me sens plus douée pour la création que pour la commercialisation!
Je vous livre les textes qui accompagnent mes enveloppes. Je suis sûre que vous allez apprécier!

